Toutes les projections démographiques à moyen et long terme s'accordent pour prédire une très forte croissance de la population africaine. Si l'Afrique ne comptait que 1,3 milliard d'habitants en 2015, ce chiffre pourrait passer à 4,5 milliards en 2100. Or, les statistiques ne tiennent pas compte de guerres, des épidémies et de certaines évolutions sociologiques qui peuvent avoir des conséquences à relativement court terme. L'Europe d'avant 1914 ou la Chine antérieure à l'adoption de la politique dite de l'enfant unique sont des exemples criants qui prouvent que les projections à long terme n'engagent que ceux qui veulent bien y croire.
Ceci dit, considérant le très fort taux de fécondité en Afrique subsaharienne, il est une quasi-certitude que des pays comme le Nigeria et, dans une moindre mesure, l'Ouganda et le Niger, devraient devenir des géants démographiques.
Or, il convient d'envisager le continent selon ses multiples différences. Ainsi, le taux de fécondité "moyen" du continent ne doit pas masquer les considérables différences entre l'Afrique du Nord et l'Afrique subsaharienne. Si cette dernière semble encore loin d'avoir entamé sa transition démographique, la natalité du Maghreb se rapproche du seuil de 2,1 enfants par femme. Compte tenu de la contraction économique que connaîtront les pays d'Afrique du Nord, où l'éducation des femmes et l'aspiration à un mode de vie consumériste s'accordent mal avec des familles nombreuses, ils pourraient enfin connaître une stabilisation de leur population. De fait, un vieillissement de la population devrait s'amorcer dans des pays comme l'Algérie et la Tunisie, où les candidats à l'émigration pourraient s'avérer plus rares, à moins d'une crise économique majeure, ce qui n'est pas à exclure.
Alors que la pression démographique interne à l'Afrique du Nord s'apaise, elle est ranimée de l'extérieur par un afflux sans précédent issu d'Afrique subsaharienne. Fuyant la famine et les conflits, des millions de travailleurs pauvres traversent l'Afrique du Nord où ils s'entassent dans des camps de réfugiés aux portes du désert. Si certains peuvent espérer trouver du travail peu qualifié et sous-payé, leur présence ne peut pas être absorbée par des économies déjà fortement affaiblies par le chômage des jeunes. Si l'Europe parvient à verrouiller la Méditerranée, il est fort probable que l'Afrique du Nord devienne une terre d'immigration, ce qui n'est pas sans provoquer de très violentes tensions ethno-raciales.
Thomas Flichy de la Neuville, Gregor Mathias, 2030. Le monde que la CIA n'imagine pas